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Kluiklui d’Agonlin : La tradition qui a ravi, ravit et ravira encore longtemps les papilles

Agonlin est une commune « terrible », faut faire attention aux gens venant de cette commune béninoise…

Malgré les nombreux préjugés sur la ville d’Agonlin située dans le département du Zou Bénin, elle est la première productrice d’une richesse gastronomique appréciée dans le tout pays. Il s’agit des galettes en forme de bâtonnet, à base d’arachide et connues sous le nom de Kluiklui. Vendues à 5 f l’unité dans les villages, et à peine plus dans les centres urbains, elles sont surtout populaires pour agrémenter les délayages de gari (farine de manioc).

À cause de sa forme et de son aspect, le Kluiklui est de nos jours tagué comme produit alimentaire des gens « pas très aisés ». Pour cette raison, vous pourrez tomber sur des gens dans les bureaux en train de se cacher pour couper un morceau de galette. D’autres restent carrément dans leurs chambres pour en manger de peur que quelqu’un les voie en train de prendre du Kluiklui (la galette pour les pauvres  😛 ). Mais une chose est sûre, le Kluiklui se déguste dans presque tous les ménages béninois.

Après maintes réflexions, un jeune béninois a donc pensé à une stratégie pour revaloriser cette très chère recette culinaire. Votre blog gastronomie, Manger À Cotonou, est allé à la rencontre de ce jeune entrepreneur beaucoup plus connu comme artiste rappeur, Régis Ezin alias E-ray.

Régis Ezin, Promoteur de Kluiklui d'Agonlin
Régis Ezin, Promoteur de Kluiklui d’Agonlin

Manger À Cotonou : Bonjour Régis

Régis Ezin : Bonjour les amis. Comment vous allez ?

Manger À Cotonou : Ça va. Régis, le costume que le public te connaissait depuis toujours, c’est celui d’un artiste rappeur qui accorde beaucoup d’importance à ses paroles, un rappeur très aimé par le jeune public surtout pour la maturité des paroles de ses chansons. Mais depuis quelques années, on dirait bien que tu as enfilé le manteau de jeune entrepreneur. Comment as-tu viré de la musique à l’entreprenariat ?

Régis Ezin : Déjà pour répondre à cette 1ère question, je pense qu’il y a une mal compréhension que nous avons de façon générale dans les pays francophones. Cette question que vous me posez, je l’ai déjà entendue et je continue de l’entendre. Ça me surprend, parce qu’on dissocie la fonction de rappeur, si je peux me permettre, de celle d’entrepreneur. Ce qui est totalement absurde à mon avis. Car pour peu qu’il veuille faire de sa musique quelque chose de rentable, l’artiste est aussi un entrepreneur. Donc je n’ai pas délaissé une casquette pour une autre. J’ai toujours été un peu multi-casquette : je gère mon association caritative depuis 2008, j’ai écrit un livre en 2012, j’ai sorti deux albums, je dirige mon agence de communication et marketing, etc. Donc j’aime faire plusieurs choses à la fois. Je ne dirais pas que je suis forcément hyperactif, mais je grouille un peu d’idées ; et j’essaie de mettre progressivement les choses en place, et ceci en fonction des périodes que je trouve appropriées. Il y a donc encore des singles qui sont prévus, un album…

Manger À Cotonou : Ces derniers temps on entend de plus en plus parler du concept Kluiklui d’Agonlin. Il y a même une page Facebook dédiée « Kluiklui d’Agonlin », de quoi s’agit-il concrètement ?

Régis Ezin : Effectivement je suis devenu un vendeur de Kluiklui (et je suis fier de le dire  🙂 ). Mais ça par contre je ne l’avais pas prévu contrairement à mon agence de communication et marketing qui était quelque chose de planifié. Le Kluiklui a été vraiment une inspiration venue au cours d’un délayage et je me suis dit qu’il serait peut-être plus intéressant de penser à un format beaucoup plus pratique, plus esthétique et donc plus « vendeur ». Car depuis tout petit je n’ai vu que les mêmes formats : les bâtonnets et les bracelets. J’ai pensé qu’il y avait un coup à jouer et je me suis lancé. Je le dis encore, je grouille d’idées et quand j’en trouve une assez intéressante j’aime la tester pour voir ce que ça va donner. Voilà comment Kluiklui d’Agonlin est né, à partir d’un budget de 15 000 F CFA. On a commencé la commercialisation dans des bouteilles de sérum recyclées sur lesquelles on apposait avec de la colle une étiquette imprimée sur du papier ordinaire. Ensuite la page Facebook est venue et il faut dire que c’est elle qui nous aide vraiment en ce qui concerne la communication, au jour d’aujourd’hui. KluiKlui d’Agonlin, c’est donc le Kluiklui que nous connaissons tous, mais sous un autre format pour qu’on soit plus fier de le présenter au monde et de le manger  😉 .

Manger À Cotonou : Kluiklui d’Agonlin ! Alors à quelle étape es-tu actuellement ?

Régis Ezin : Il faut rappeler qu’au début de cette aventure, la commercialisation se faisait avec un seul commercial – puis une petite équipe ensuite — qui se rendait de bureau en bureau pour proposer le produit et le distribuer. Cela nous a donc permis de tester le marché. Parce qu’une chose est d’avoir une intuition, de se dire qu’il y a un bizness intéressant, mais une autre est de vérifier si effectivement le marché a besoin de ce que vous voulez proposer. Après le test initial, on a commencé à investir davantage en passant à des sachets comme ceux des « Pure Water ». C’est vrai qu’au départ, ça se déroulait en dents de scie parce qu’on avait surtout du mal à trouver de la main-d’œuvre, des commerciaux motivés, sur la durée. C’est au cours de la Foire de l’Indépendance en 2014 qu’on a pu réaliser un chiffre d’affaires plus ou moins intéressant et qu’on a eu la réelle confirmation de notre intuition. En fin d’année dernière, on a alors pris le pari d’investir dans les stands up pouch (sachets qui tiennent debout). J’avais cette idée de sachet depuis, mais ça nécessite un certain investissement et j’attendais d’avoir quelques garanties quant au produit avant d’investir davantage. Même le format actuel d’emballage ne constitue pas encore la version finale, celle qui est gravée dans ma tête. On essaie d’aller pas à pas ; et récemment on a ajouté le zip au sachet ainsi qu’une nouvelle saveur (sucrée) qui vient compléter les deux qui existaient (épicée et non épicée). Je suis alors ravi de voir que plus en plus de gens connaissent le produit. C’est encourageant !

Manger À Cotonou : Régis, quels sont les défis qui te restent à relever ?

Régis Ezin : Rires. Alors il y en a énormément et je sais que je ne suis même pas encore à 5 % de ce que j’ai envie de faire avec ce produit. Mais dans l’immédiat je pense à investir en R&D (recherche et développement) pour trouver un moyen d’harmoniser et standardiser les produits Kluiklui d’Agonlin. Cela va nous permettre d’être beaucoup plus crédibles à l’international. Ensuite, on aimerait passer à l’étape supérieure avec le packaging pour le rendre encore plus moderne afin de conquérir d’autres marchés. Enfin il y a la question des certifications internationales diverses. Si 2015 a été l’année de la confirmation pour nous, 2016 sera celle de tous les défis et surtout celle de l’envol.

Manger À Cotonou : Pour la promotion ça se passe comment ?

Régis Ezin : En tant que TPE (Très Petite Entreprise), nous évoluons graduellement et prudemment. Pour communiquer, nous utilisons particulièrement les réseaux sociaux qui nous ont permis de nous faire connaître dans les grandes villes du Bénin et dans d’autres pays. Mais tout récemment nous avons commencé à intégrer les insertions presse et des spots publicitaires sont même prévus dans le cadre de notre campagne publicitaire 2015-2016 « Croquez la vie à pleines dents », lancée à la mi-novembre. Tout cela pour faire connaître davantage nos produits.

Manger À Cotonou : à part Kluiklui d’Agonlin, as-tu d’autres projets dans le domaine de la gastronomie ?

Régis Ezin : Hors snacks (c’est-à-dire hors amuse-bouche), il y a d’autres projets dans le domaine de l’agro-alimentaire qui sont en cours et qui ne tarderont pas à voir le jour, par la grâce du BOSS qui nous gère tous (rires).

Manger À Cotonou : As-tu un dernier mot à l’endroit de la jeunesse béninoise, en particulier celle qui entreprend ?

Régis Ezin : À ce propos j’ai toujours dit une chose : il est préférable de n’entreprendre que ce qui vous passionne, sinon en cours de route on finit par s’arrêter. Au-delà de l’aspect financier, il est important d’avoir le mental qu’il faut pour entreprendre, si l’on vise les sommets. J’ai la conviction que la jeunesse actuelle a le pouvoir de changer non seulement l’image du Bénin, à la face du monde, mais également les mentalités. Alors je demande à tous ceux qui entreprennent dans un domaine x ou y qui les passionne de ne jamais se laisser ébranler par les incidents de parcours.

Manger À Cotonou : Merci beaucoup Régis pour ce temps que tu nous as accordé.

Régis Ezin : Merci à vous ! Merci pour l’interview, pour l’intérêt et puis n’oubliez pas : #KluikluiPower, vive le Kluiklui d’Agonlin !

Pour le blog Manger À Cotonou, Vidjinnangni Grégory Thoto et Boris Brice Lègba.

Si vous êtes intéressé par les délicieux et croustillants Kluiklui d’Agonlin, vous pouvez vous rendre dans les grands supermarchés de la place pour vous en procurer. Vous pouvez également le faire en appelant directement le + 229 66 26 06 05, en vous rendant sur la page Facebook ou encore en envoyant un mail à dahyelian@kluikluidagonlin.com.

Kluiklui d’Agonlin - Manger À Cotonou

Kluiklui d’Agonlin, la Tradition Revisitée.

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Manger À Cotonou

La rédaction

1 thought on “Kluiklui d’Agonlin : La tradition qui a ravi, ravit et ravira encore longtemps les papilles”

  1. Bonjour je suis tchadienne de nationalite j’ai ete impressionnee par votre emission passee en date du 7 aout 2017 sur cana PLUS l dans la rubrique reussite. Mon frere je vous tire chapeau. Si je pouvais faire la meme chose du moment ou mon village produit enormement des arachides.

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